Auto-bio-cin-ethno-graphie constitue mon autobiographie cinématographique avec un point de vue ethnographique.

"Toujours est-il, ma vie ne fut pas un fleuve tranquille"

Contes et mécomptes réunit douze histoires dont
la plupart sont navrantes.

Et, je vous assure,  Liane et moi y sommes pour rien. Le monde est ainsi.

Compte à rebours

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willemont.fr

Il a eu un début ...

... il y aura une fin

L'épilogue ? La place est déjà occupée par Liane qui n'a pas pu m'attendre.  Reste à

Cette banalité étant dite, qui suis-je ?

Pour l'état civil ...
A mes propres yeux ...
Quand aux "autres" ...

Mon nom est Jacques Willemont. J'ai été conçu le 18 juin 1940 en Dordogne, pendant la débâcle.

Ma vie, ma vraie vie, celle dont j'aime parler, commence le 12 janvier 1967...

L’enfer, ce n’est pas “les autres” en tant que personnes, mais le regard qui fige, qui réduit, qui empêche d’être.

Voilà les deux ir-responsables : ma mère et mon père. 

Photographiés le 18 juin 1940 par la sœur de mon père dans un village près de Montignac, tout près de Lascaux. À quelques lieues de cette grotte fabuleuse que, huit semaines plus tard, quatre jeunes gens allaient “inventer” — selon le terme consacré.

Ma mère a été emportée par les millions de civils hollandais, belges et luxembourgeois qui déferlaient sur les routes de Picardie quelques jours après l’offensive allemande du 10 mai 1940. Le régiment de mon père a quitté la région de Reims vers le 10 juin, direction le Sud Ouest.

Commerçant ambulant, joueur de longue paume — je suis certain que vous ne connaissez pas ce jeu picard — et même musicien, un fameux saxophoniste de plus, il n’y avait rien d’étonnant à ce que le chauffeur d’un capitaine lui dise : “J’ai vu votre femme à… “. Lorsqu’il ne saxonite pas, mon père œuvre au piano, à la grande cuisinière professionnelle du mess des officiers. C’est un fameux cuisinier aussi. Le capitaine l’a en sympathie. Aussi lui donne-t-il quartier libre et lui prête son chauffeur et sa voiture, jusqu’au crépuscule, avant la descente des couleurs.

C’est le moment du récit où il devient pertinent d’adopter le point de vue du lérot – du petit loir - dont la famille occupe depuis des générations, la grange où ma mère vit depuis quelques jours. Il apprécie peu l’animation qui perturbe ses habitudes. La moisson risque même d’être retardée. Heureusement qu’il y a tous ces bras supplémentaires. Mais avec les bombardements…

Du haut de la grande poutre transversale, le lérot observe avec amusement les allées et venues de deux jeunes femmes, dont l’une attend un enfant. Puis arrive cet homme en uniforme. Il est le frère de la future mère et le mari de la seconde. Vous êtes perdu ? Sans importance. Toujours est il que… discrètement, le lérot détourne les yeux. Quand, soudain, un cri. La jeune femme allongée sur le dos a l’œil fixé sur lui. Lui ? Ben, le lérot, l’observateur. Enfin… l’observateur maintenant observé. L’homme est déconcentré. Vous imaginez la suite.

Il faut que je retrouve le livret militaire de mon père pour vérifier que c’est bien le 18 qu’il a retrouvé ma mère le temps d’un après midi, d’une photo et d’un “saut de carpe“ mal maîtrisé. Ensuite, son régiment est descendu vers Bordeaux. L’armistice a été signé. Le régiment dispersé.

Au courant de l’été, la prémonition de mon père se vérifie. C’est alors que commence l’angoisse de ma mère. Elle va durer jusqu’au 30 mars 1941. Jusqu’à mon premier cri. Immédiatement, elle pose au médecin la question qui la turlupine depuis des semaines…

Une superstition règne depuis toujours dans le milieu des femmes : si l’une d’elles, enceinte, touche un rongeur — genre lérot, loir, souris et… pire, un rat — c’est… Heureusement, ce n’était qu’un lérot, et à cinq mètres de hauteur.

“- Rassurez vous, madame Willemont, votre enfant n’a pas de poils sur le visage, ni sur le corps.“

L’histoire pourrait s’arrêter là s’il n’y avait pas eu, vingt huit ans plus tard, un tournage au Maroc, dans un lieu précaire, sans eau courante. Lorsque je rentre en France, je passe saluer ses parents, et ma mère de dire :

“- Voilà. Tu les as les poils. Autour de ton menton. “

Ma barbe date de cette époque. J’ai immortalisé la parole de ma mère avec un tee-shirt que je lui ai offert. 



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Le 12 janvier 1967, je rencontre Liane Estiez quelques semaines après avoir été admis à l'IDHEC, l'école du cinéma, devenue la FÉMIS en 1986.

Deux ans et six mois plus tard, un maire de Paris officialise notre relation.

Mon plan de vie était fabuleux :

1 - je serai un fameux magicien de la lumière, un directeur de la photographie ;

2 - j'allais vivre toute ma vie avec cette jeune femme exceptionnelle." 

Quelque 500 jours plus tard, en mai 68, Jacques réalise son premier film de long métrage documentaire dont Liane assure la prise de sons. Le 10 juin, avec Pierre Bonneau à la caméra, ils tournent une séquence de 10 mn, un plan-séquence considéré comme : "Le seul film révolutionnaire de 68". Plus tard, un critique le désignera comme "L'un des films les plus beaux du monde…".

Leur belle histoire devait se prolonger au moins jusqu'au 60ème anniversaire de Wonder, le "petit film" en question, mais 21.844 jours après leur rencontre... 

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Des amis ? Très jeune, j'avais compris que moins on n'a d'amis , moins mal on se porte. D'une nature insouciante et généreuse, dans les premiers temps j'ouvrais grand les bras. Ho là ! Une poignée de main suffit : il vous reste un bras pour vous protéger des coups bas.

Je me contente donc d'un tout petit groupe d'hommes et de femmes qui m'honorent de leur amitié. Parfois, j'ai une bonne surprise et je fais mon possible pour en agréger un nouveau mais la transformation de la société rend cette fusion impossible : biologiquement l'humanité est toujours à peu près la même, mais elle ne parle plus, elle éructe, elle est de moins en moins sociale et de plus en plus irresponsable, sa mémoire efface tout ce qui date de l'avant-veille, elle ne désire, elle consomme, elle tue ce qui échappe.

Je relie actuellement Saussure, Benveniste, Lévi‑Strauss , Durkheim, Mauss, Mead, Kant, Arendt, Ricoeur, Halbwachs, Nora, Bergson, Freud, Lacan, Deleuze parmi d'autres, et je ne me contente pas de regarder et d'écouter autour de moi : je m'applique à VOIR et à ENTENDRE pour tenter de comprendre ce qui m'a échappé. Et décider s'il m'est possible  d'utiliser mes dernières forces afin de contribuer à infléchir le rythme de notre autodestruction, puisque la stopper est impossible.

Pour terminer, merci à tous ceux qui, par leur difformité morale et leur disgrâce spirituelle, ont contribué au développement de mes capacités de résistance et de survie.

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Qui suis-je, à mes propres yeux ...
Quand aux "autres" ...

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J'en suis toujours amoureux.

Liane vient d’abdiquer. Les larmes qu’elle a versées un certain automne 2013, n’ont pas suffit, comme dans Parsifal, à atténuer l'incandescence de l'arme vulgaire de la rumeur. Une rumeur émanant du "parrain" d'un syndicat de réalisateurs de films. La CGT. Relayée par  ces lilliputiens qui peuplent un Éden dont les Lumière sont absents. Rien que des ténèbres dans cette "cité", cette "ciutat" incivile et vile ... La Ciotat. Dans l'ombre, ces lilliputiens hommes et femmes, s'arrogent de ces titres qui prolifèrent dans les sociétés totalitaires : accusateur public, juge, juré, tout à la fois, sempiternels Fouquier‑Tinville, Herman, Dumas, Coffinhal, Samson, Trinchard, etc. Devenus Ferrari, Cornille, Fredon, Lassave, Tixier, Vigier, etc. Pour le bandeau sur les yeux, un zona fit l'affaire. Une cheffe lilliputienne était nécessairement sur le coup. Une seule question d'elle aurait suffit : "Est-ce vrai ?" Mais, ils en voulaient tous à celui qui les avait ridiculisés. En effet alors que MP2013 disposait de 101 millions d'euros de budget et qu'il y eut 0.46 millions d'euros d'excédants, sans une thune, grâce à une mouvement cavalier de fonds, il avait sauvé le navire qui s'approchait des récifs poussé par les vents tournant des rivalités internes entre "Les Lumières de l'Eden" et "L'Eden des Lumière" - si, si, aussi con que cela. Il attend toujours les 0,01 million d'euros qui lui doivent, 1/50ème de l'excédant. Une misère.

L'oeil est brûlé. Plus tard, un certain Noël, un pas mal assuré, un plateau de fruits de mer qui échappe des mains, le bassin de Liane s’émiette comme un vase antique. Son monde se rétrécie aux dimensions d’un appartement que ses proches et amis fréquentent quand ils le peuvent. Ils l'investissent souvent par le téléphone. Elle n'est pas seule, je suis là mais, comme sa mère, elle abdique. Le 27 novembre, un flot pourpre envahit son cerveau. Durant deux jours, elle converse avec nous de manière digitale - des "1" et des "0" - manifestés par la grâce des mouvements de son oeil préservé. Spectacle d’une grandeur funèbre, admirable et fantastique, où la mort elle-même semble se vêtir de majesté.

J'entends ce que j'ai envie d'entendre :

"- Jacques, tu as respecté ta promesse de ne pas agir tant que je serai à tes côtés. Maintenant fait à ta guise. Et commence par ceux par qui mon malheur est arrivé."


(1) Marseille-Provence 2013 (ou MP2013) est une série d'évènements culturels se déroulant à Marseille et dans le département des Bouches-du-Rhône en 2013 à l'occasion du titre de Capitale européenne de la culture.

Je l'aime toujours.

Transcription

Pour l'État civil ...

Si je suis assez affirmatif quant au lieu et à la date de ma conception, c'est que ma mère était dans une grange en Dordogne avec sa belle-sœur. (0:17) Ils avaient fui l'avancée allemande. Mon père, avec son régiment - je l'ai trouvé cette information sur son livret militaire - se trouvait à peu près au même endroit. (0:31) Mon père était assez connu parce qu'étant un marchand ambulant, il tournait beaucoup dans la Picardie. Un soldat avait vu ma mère quelques jours avant et il a informé mon père que sa femme se trouvait à Montignac. (0:53) Mon père étant un bon saxophoniste,  faisait partie de l'orchestre du régiment et, lorsqu'il n'était pas musicien, il servait aux messes des officiers. Il avait des relations de convivialité avec un officier qui a accepté de lui prêter son chauffeur et sa voiture pour qu'il aille saluer sa femme à une dizaine de kilomètres de là. (1:23) Je connais donc la date presque sûre et ça n'a pas duré que le temps d'un aller-retour entre Montignac et le lieu du bivouac de son régiment. (1:35) L'histoire du lérot ? Pendant leur petit câlin, une petit loir est passé sur une poutre au-dessus de la tête de ma mère. Elle a crié, mon père a été désorienté, et ... me voilà. (1:51) Ça me plaît d'être conçu le 10 juin 1940, au moment où un homme célèbre ose dire non. Quand j'étais petit, je n'en savais absolument rien, mais avec le temps, ma manière de refuser tous les compromis et toutes les lâchetés vient peut-être de cette coïncidence de date. (2:17) J'aime le raconter, même si ça n'a aucun rapport. Voilà qui je suis, l'homme qui aime raconter des histoires.

A mes propres yeux ...

(0:03) J'étais un garçon ambitieux. Je voulais servir à quelque chose, pas réussir, (0:11) servir à quelque chose. Et très vite, à cause peut-être de mon éducation cabossée, (0:19) j'entends, mon éducation scolaire, puisque j'étais viré au moins deux fois du système éducatif (0:26) et même une troisième fois, à moitié, j'ai beaucoup souffert de ne pas avoir de profs corrects et (0:34) d'être obligé d'apprendre tout seul. De ce fait, presque toute ma vie, j'ai voulu (0:39) créer des systèmes d'éducation performants. Surtout lorsque l'informatique est arrivée, (0:45) j'avais trouvé l'outil idéal pour accomplir ma "mission". J'ai accumulé plusieurs maquettes (0:58). Elles étaient abouties, elles fonctionnaient, mais - c'est extraordinaire - à chaque fois, (1:04) quelqu'un m'a empêché d'aller jusqu'au bout. Après ma jeunesse en Picardie, (1:09) le système éducatif inconséquent m'a obligé de faire un lycée technique afin d'avoir une chance, (1:17) d'avoir un diplôme, je passe mon bac tout seul. Ce qui est triste, c'est de constater que (1:22) des milliers d'enfants, des dizaines de milliers d'enfants subissent ça. On ne se (1:26) rend pas compte qu'ils ont des capacités particulières et qu'ils ne rentrent pas tout (1:29) à fait dans le moule .Je ne suis jamais rentré dans le moule. Je n'avais donc aucune chance. Et (1:35) comme je suis à la fois ambitieux et prétentieux, j'ai décidé d'entrer à l'IDHEC, malgré que je (1:42) ne corresponde pas au modèle d'un étudiant de l'IDEC, l'école du cinéma, j'ai passée le (1:47) concours et j'ai été choisi. Quelques semaines plus tard, ma vie commence vraiment, (1:54)  puisque je rencontre Liane. Liane est la personne qui va me permettre de m'épanouir réellement, (2:02) et c'est pour ça que je dis toujours que ma vraie vie commence le 12 janvier 1967.

Les autres ...

(0:03) J'étais un garçon ambitieux. Je voulais servir à quelque chose, pas réussir, (0:11) servir à quelque chose. Et très vite, à cause peut-être de mon éducation cabossée, (0:19) j'entends, mon éducation scolaire, puisque j'étais viré au moins deux fois du système éducatif (0:26) et même une troisième fois, à moitié, j'ai beaucoup souffert de ne pas avoir de profs corrects et (0:34) d'être obligé d'apprendre tout seul. De ce fait, presque toute ma vie, j'ai voulu (0:39) créer des systèmes d'éducation performants. Surtout lorsque l'informatique est arrivée, (0:45) j'avais trouvé l'outil idéal pour accomplir ma "mission". J'ai accumulé plusieurs maquettes (0:58). Elles étaient abouties, elles fonctionnaient, mais - c'est extraordinaire - à chaque fois, (1:04) quelqu'un m'a empêché d'aller jusqu'au bout. Après ma jeunesse en Picardie, (1:09) le système éducatif inconséquent m'a obligé de faire un lycée technique afin d'avoir une chance, (1:17) d'avoir un diplôme, je passe mon bac tout seul. Ce qui est triste, c'est de constater que (1:22) des milliers d'enfants, des dizaines de milliers d'enfants subissent ça. On ne se (1:26) rend pas compte qu'ils ont des capacités particulières et qu'ils ne rentrent pas tout (1:29) à fait dans le moule .Je ne suis jamais rentré dans le moule. Je n'avais donc aucune chance. Et (1:35) comme je suis à la fois ambitieux et prétentieux, j'ai décidé d'entrer à l'IDHEC, malgré que je (1:42) ne corresponde pas au modèle d'un étudiant de l'IDEC, l'école du cinéma, j'ai passée le (1:47) concours et j'ai été choisi. Quelques semaines plus tard, ma vie commence vraiment, (1:54)  puisque je rencontre Liane. Liane est la personne qui va me permettre de m'épanouir réellement, (2:02) et c'est pour ça que je dis toujours que ma vraie vie commence le 12 janvier 1967.